À seulement deux semaines de la date limite pour soumettre un plan de réduction des émissions de carbone noir dans l’Arctique, les États membres de l’Organisation maritime internationale, sous l’impulsion des gouvernements arctiques, devraient s’inspirer d’une annonce de haut niveau faite par plusieurs gouvernements, dont le Canada, lors de la COP30, concernant les mesures sectorielles visant à lutter contre les émissions de carbone noir provenant des sources énergétiques et des transports commerciaux et résidentiels.
«La lutte contre le carbone noir offre une occasion unique de faire progresser l’atténuation du changement climatique, de renforcer la résilience climatique, d’améliorer la qualité de l’air, de protéger la santé publique et d’obtenir des avantages connexes en matière de développement durable », ont déclaré le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, la République dominicaine, Madagascar, le Nigeria, le Sri Lanka et l’Ouganda dans leur communiqué.
La date limite du 5 décembre pour soumettre des propositions sur les carburants polaires, avant la réunion du comité de prévention et de lutte contre la pollution (PPR 13) de l’OMI qui se tiendra en février 2026 à Londres et qui fixera les règles relatives aux carburants pouvant être utilisés dans un avenir proche par les navires dans l’Arctique, approche à grands pas.
Cette décision importante prend de l’ampleur : le Conseil nordique des ministres a récemment recommandé aux gouvernements nordiques d’œuvrer en faveur de la reconnaissance des carburants polaires par l’OMI et la convention MARPOL. Aujourd’hui, lors de la COP30, les gouvernements ont de nouveau reconnu la nécessité d’agir de toute urgence contre un superpolluant puissant et à courte durée de vie, car une action immédiate pourrait faire une réelle différence dans l’atténuation de l’impact du changement climatique et améliorer la qualité de l’air et la santé publique des communautés de l’Arctique.
«Comme le montre cette annonce de la COP30, le monde commence à prendre des mesures urgentes contre les émissions de carbone noir. Nous avons besoin que les gouvernements de l’Arctique agissent avant la date limite fixée par l’OMI au 5 décembre afin de réduire considérablement les émissions de carbone noir provenant du transport maritime dans l’Arctique », a déclaré le Dr Sian Prior, conseiller principal de la Clean Arctic Alliance. « En rendant obligatoires les carburants plus propres (carburants polaires) pour la navigation dans cette région unique déjà fortement touchée par le changement climatique, les gouvernements de l’Arctique, ainsi que les autres États membres de l’OMI, ont une occasion unique de faire preuve d’un leadership commun sur cette question.
Le carbone noir est l’un des problèmes les plus anciens et les plus insolubles de l’OMI, et il doit désormais être traité sans délai », a déclaré M. Prior. « L’Organisation maritime internationale (OMI) a consacré plus d’une décennie à des analyses scientifiques et à des discussions, mais les émissions de carbone noir provenant du transport maritime dans l’Arctique restent non réglementées. La prochaine occasion se présentera en février 2026, lorsque le Sous-comité de la prévention et de la lutte contre la pollution de l’OMI se réunira (PPR 13) pour discuter des carburants polaires. »
«Il est essentiel de parvenir à un accord solide sur les carburants polaires afin d’établir des règles qui permettront de réduire les niveaux d’émissions de carbone noir provenant du transport maritime dans la région arctique », a ajouté M. Prior. « La date limite pour soumettre des propositions est fixée au 5 décembre, et nous souhaitons voir une proposition concrète menée par les États arctiques, notamment le Canada, la Norvège, l’Islande et le Danemark/Groenland, sur les carburants polaires qui garantira une réduction rapide des émissions de carbone noir dans l’Arctique, avant les efforts de décarbonisation à plus long terme. »
Une réglementation exigeant l’utilisation de carburants polaires dans l’Arctique doit jeter les bases dans l’annexe VI de la convention MARPOL (Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires) pour la réduction des émissions qui diminuent l’impact du carbone noir sur l’Arctique.
Un rapport récent de l’ONG Pacific Environment explique pourquoi l’Organisation maritime internationale (OMI) devrait agir immédiatement pour réduire la pollution par le carbone noir, un super-polluant climatique. Intitulé « On Thin Ice: Why Black Carbon Demands Urgent Action » (sur la glace fine : pourquoi le carbone noir exige une action urgente), ce rapport examine comment l’expansion du transport maritime dans l’Arctique entraîne une augmentation des émissions de carbone noir dans l’atmosphère, qui se dépose ensuite sur la neige et la glace, accélérant ainsi la fonte dangereuse. Le passage à des « carburants polaires » facilement disponibles et plus propres, tels que les distillats marins DMA et DMZ ou de nouveaux carburants présentant des niveaux d’émissions de carbone noir comparables, permettra de réduire rapidement les émissions, de protéger les écosystèmes vulnérables et de préserver les communautés.
À propos du carbone noir et des carburants polaires
Le carbone noir est un polluant climatique à courte durée de vie, produit par la combustion incomplète de combustibles fossiles, dont l’impact est plus de 1 600 fois supérieur à celui du CO2 sur une période de 20 ans. Il représente environ un cinquième de l’impact climatique du transport maritime international. Non seulement il contribue au réchauffement lorsqu’il se trouve dans l’atmosphère, mais le carbone noir accélère la fonte lorsqu’il se dépose sur la neige et la glace. Il a donc un impact disproportionné lorsqu’il est libéré dans et à proximité de l’Arctique.
La fonte des neiges et des glaces expose des zones plus sombres de terre et d’eau, qui absorbent davantage la chaleur du soleil, réduisant ainsi considérablement la capacité réfléchissante des calottes polaires de la planète. L’augmentation de la chaleur dans les systèmes polaires entraîne une fonte accrue. C’est ce qu’on appelle la perte de l’effet albédo.
La nécessité de réduire les émissions de carbone noir en raison de leurs impacts sur le climat et la santé est reconnue depuis longtemps. Sur terre, des efforts considérables ont été déployés pour interdire les combustibles plus polluants dans les centrales électriques, installer des filtres à particules diesel sur les transports terrestres et améliorer la combustion du bois sec, tout cela dans le but de réduire les émissions de carbone noir et d’améliorer la qualité de l’air. Cependant, en mer, les mêmes efforts n’ont pas encore été faits.
(Photo de Clean Arctic Alliance)
