Bali, Indonésie – Réélu aujourd’hui à l’unanimité pour un quatrième mandat de quatre ans à la présidence de l’Association internationale des pilotes maritimes (IMPA), le capitaine Simon Pelletier a souligné le rôle essentiel que jouent les pilotes maritimes dans la sécurité de la navigation, ainsi que la nécessité de relever les défis auxquels est confronté le pilotage dans diverses régions du monde. Il a formulé ces remarques détaillées lors de la cérémonie d’ouverture du 27e congrès de l’IMPA, qui représente plus de 8 200 pilotes maritimes provenant de 53 pays.
Devant plusieurs centaines de délégués, le président de l’Association canadienne des pilotes maritimes a commencé par souligner : « L’IMPA représente la communauté internationale des pilotes maritimes afin de promouvoir des résultats efficaces en matière de sécurité dans le pilotage – un service public essentiel. La réalisation de cette mission comporte de nombreux volets. D’une part, le partage de l’expertise et de l’expérience entre collègues se fait, en grande partie, grâce à notre congrès biennal. C’est pourquoi nous sommes ici : pour renforcer le pilotage, améliorer la sécurité des pilotes en service et tirer des leçons de l’expérience des uns et des autres.
« Le congrès est également l’occasion d’exposer notre communauté à des perspectives plus larges, provenant de l’extérieur du milieu du pilotage. Savoir ce qui se passe dans l’industrie, en matière de réglementation et de technologie nous permet de comprendre ce qui se passe autour de nous, de nous orienter correctement, de prendre des décisions éclairées et d’agir avec confiance.
« Ici, nous partageons tous le même intérêt : assurer la navigation sécuritaire des navires transportant des marchandises et des passagers. Chaque jour, partout dans le monde, un pilote quitte la rive à bord d’un petit bateau, monte à bord d’un navire en mouvement — souvent dans l’obscurité, souvent par mauvais temps — et guide ce navire en toute sécurité à travers les eaux les plus exigeantes. Dans les ports. Le long des rivières. À travers des chenaux étroits où la connaissance du terrain est primordiale. En 2025, notre communauté a effectué environ quatre millions de ces interventions de pilotage.
« Le pilote n’agit jamais seul. Chaque traversée en toute sécurité est le fruit d’un partenariat — avec le capitaine et l’équipage du navire, avec les services de gestion du trafic maritime, avec les opérateurs de remorqueurs, avec le port. Un pilote apporte la seule chose que personne d’autre, ni aucune carte marine, ni aucun manuel, ni aucun ordinateur ne peut fournir : une connaissance approfondie et à jour d’un tronçon d’eau particulier, ainsi que le jugement nécessaire pour l’appliquer lorsque les conditions changent.
« Des études spécialisées nous indiquent que le pilotage réduit le risque d’accident de navigation d’un facteur de 528. Un accident maritime très grave ne se produit désormais qu’une fois sur dix millions d’opérations de pilotage. Et pour chaque dollar dépensé en pilotage, près de soixante dollars sont retournés à la société — grâce à la sécurité et à la fluidité des échanges commerciaux. Peu de services publics démontrent une valeur à une telle échelle. »
« Cette semaine », a poursuivi le capitaine Pelletier, « nous aborderons une grande variété de sujets. La sécurité des pilotes en service est toujours au cœur de notre congrès, mais cette année est différente. L’adoption par l’OMI d’un nouveau régime obligatoire régissant les modalités de transfert des pilotes à compter de janvier 2028 signifie que, plus que jamais, notre propre culture de la sécurité fera l’objet d’un examen minutieux. Nous devons discuter de la manière dont nous répondrons à cet examen. »
« Nous aborderons les défis liés à la manœuvre des navires, en particulier des navires de très grande taille dans les ports où la demande en tonnage plus important dépasse la capacité des ports à investir dans les infrastructures nécessaires. Nous entendrons également des membres de notre communauté nous parler des défis liés au pilotage de navires dans des situations difficiles.
« Des données et des technologies adaptées sont des catalyseurs essentiels à l’amélioration des performances en matière de pilotage. Nous explorerons les possibilités offertes par les données et entamerons une discussion sur l’intelligence artificielle. Le pilotage à distance et le pilotage en tant que système complexe sont deux domaines dans lesquels l’IMPA investit en recherche, et nous ferons également le point sur l’avancement de ces travaux.
« Les alertes à la passerelle sont un sujet d’actualité en ce moment, et à la suite du sondage mené auprès des membres de l’IMPA plus tôt cette année et d’une soumission à l’OMI en juin, nous aurons l’occasion d’entendre les utilisateurs et les fabricants et de nous faire une idée de ce à quoi pourrait ressembler une future solution de gestion des alertes à la passerelle. »
Le pilotage face à des défis majeurs
Le capitaine Pelletier a ensuite abordé plusieurs défis importants auxquels est confrontée la communauté des pilotes.
« Le premier concerne la manière dont le pilotage devrait être organisé. Dans certaines régions du monde, des pressions s’exercent pour que le pilotage soit traité comme un marché commercial ordinaire — c’est-à-dire pour l’ouvrir à la déréglementation et à la concurrence, au nom d’une réduction des coûts et d’une amélioration supposée du service. Lorsque l’on considère le pilotage sous cet angle, une chose est certaine : il y aura un nivellement par le bas.
« La valeur du pilotage en tant que service de sécurité publique sera occultée si l’on ne se concentre que sur ses coûts immédiats. De plus, à l’instar d’autres services qui protègent l’intérêt public, le pilotage risque d’être sous-offert ou sous-utilisé s’il n’est pas rendu obligatoire et dûment réglementé. »
Le capitaine Pelletier a lancé cette mise en garde : « Il s’agit là d’un cas classique où, en l’absence d’une réglementation appropriée, le marché va échouer et entraîner un transfert du risque vers le public et ses intérêts sociaux, environnementaux et économiques. La déréglementation et la concurrence sont des outils visant à modifier les comportements sur les marchés des services commerciaux. Or, le pilotage n’est pas un service commercial. »
La technologie ne peut remplacer le jugement humain dans des conditions difficiles
Le président de l’IMPA a ensuite évoqué la technologie comme un deuxième défi nécessitant une attention particulière.
« Les outils numériques et l’intelligence artificielle sont très prometteurs, et les pilotes ont toujours adopté les technologies qui nous permettent de nous améliorer », a-t-il reconnu. « Mais notre critère est simple : la technologie n’est synonyme de progrès que lorsqu’elle résout un véritable problème et améliore la performance. Je peux imaginer que l’intelligence artificielle nous aide de bien des façons.
« Ce que je ne peux pas imaginer, c’est qu’une machine remplace le jugement humain dans des conditions de véritable incertitude — et diriger la navigation sécuritaire d’un grand navire est très rarement une tâche prévisible. Nous devrions donc aborder ces outils avec un optimisme prudent, en les adoptant lorsqu’ils améliorent manifestement la sécurité et l’efficacité du pilotage, et en rejetant leur utilisation lorsqu’ils ne le font pas. »

(Images fournies par l’IMPA, y compris la photo du capitaine Pelletier portant le chandail symbolique des Canadiens de Montréal sur la photo de groupe des délégués pilotes canadiens)