Alors que le Canada affiche l’ambition de doubler ses exportations au-delà des États-Unis, une réalité logistique s’impose : pour rivaliser à l’international, nous ne pouvons pas nous limiter à repenser nos installations terrestres. Notre flotte navale marchande canadienne doit être reconnue et soutenue pour ce qu’elle est : une infrastructure de transport critique et indispensable. Le Canada doit pouvoir compter sur une flotte nationale performante et moderne, encadrée par un régime réglementaire favorable, pour accroître sa part du commerce mondial et sécuriser ses chaînes d’approvisionnement de bout en bout.
Des solutions pragmatiques existent pour rapatrier et faire croître nos volumes d’échanges internationaux. La récente décision de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) d’autoriser le dédouanement de conteneurs à Québec et à Hamilton en est un bon exemple. Cette capacité accrue de dédouaner des conteneurs ouvre la voie à un réseau de transport maritime courte distance régional robuste. Ainsi, acheminer la marchandise plus près de sa destination finale par la voie des eaux permet de décongestionner nos réseaux routiers et ferroviaires, de limiter l’usure de nos routes et d’optimiser notre chaîne d’approvisionnement.
Face aux bouleversements géopolitiques, le développement du Nord et le renforcement de nos capacités de défense exigent une mise en valeur immédiate des actifs maritimes canadiens. Le gouvernement doit impérativement intégrer le secteur maritime canadien dans ses priorités d’infrastructures et d’occupation du territoire. Cela signifie financer les corridors nordiques, soutenir le prolongement des saisons de navigation et accroître notre capacité de déglaçage avec une flotte de brise-glace moderne et versatile, œuvrant à la fois sur les Grands-Lacs et dans le Nord du pays. Affirmer notre présence dans nos eaux arctiques n’est plus seulement un enjeu commercial, c’est le fer de lance de notre sécurité nationale.
Refonte des processus réglementaires
Pour favoriser cette croissance, le gouvernement canadien doit agir comme un partenaire habilitant. Cela passe d’abord par une refonte des processus réglementaires, un processus qui doit placer la croissance économique en son centre. L’industrie maritime canadienne a besoin de prévisibilité, de consultations en amont et d’efficience pour innover. Parallèlement, la pérennité de notre main-d’œuvre maritime exigera une collaboration fédérale-provinciale pour moderniser la formation des marins de demain, s’assurer d’un financement adéquat des institutions de formation et le recours à une immigration ciblée pour pallier le manque prévu de femmes et d’hommes de la mer qualifiés.
Au moment même où Ottawa consulte les acteurs économiques dans le cadre de l’initiative « Renforcer l’Unité de l’économie canadienne par le commerce et les transports », une dimension essentielle risque pourtant d’échapper au radar politique : la flotte domestique elle-même. Cette flotte canadienne, qui assure le cabotage entre nos ports, n’est pas un simple moyen de transport parmi d’autres. C’est un actif stratégique et indispensable sans lequel il n’y a ni sécurité d’approvisionnement, ni souveraineté logistique, ni véritable unité de l’économie canadienne.
Le Canada est une nation maritime. Qu’il s’agisse de sécuriser l’Arctique ou de maximiser le potentiel du corridor du Saint-Laurent–Grands-Lacs, notre prospérité passe par une industrie forte et prospère. Il est temps de collaborer pour s’assurer que le pays aura les moyens de réaliser ses ambitions de diversification.
(Photo de la Garde côtière canadienne)
