Les perturbations géopolitiques continuent de peser sur les perspectives du marché du vrac sec. « La fermeture effective du détroit d’Ormuz demeure la principale source d’incertitude, tandis que les attaques contre des navires et des infrastructures portuaires en mer Noire ont ajouté un risque supplémentaire », explique Filipe Gouveia, directeur de l’analyse maritime chez BIMCO.
En règle générale, environ 4 % de la demande de vrac sec transite par le détroit d’Ormuz. Des itinéraires de rechange ont atténué l’impact de cette perturbation, mais n’ont pas réussi à remplacer les volumes d’avant la guerre. Cette perturbation a également resserré l’offre d’énergie et d’engrais, pesant sur la croissance économique mondiale et suscitant des inquiétudes quant à la sécurité alimentaire.
Compte tenu de cette incertitude, le BIMCO présente deux scénarios prévisionnels. Le scénario « SoH fermé » suppose que le détroit reste effectivement fermé tout au long de 2027 et 2028, tandis que le scénario « SoH ouvert » suppose que les navires peuvent transiter librement par le détroit à partir de 2027.
« Nous nous attendons à ce que l’équilibre entre l’offre et la demande de vrac sec s’affaiblisse progressivement en 2027 et 2028, bien qu’à partir d’un niveau de référence élevé. La croissance du volume de cargaison devrait être limitée, tandis que les livraisons de navires s’accéléreront, en particulier dans le segment des capesize », explique M. Gouveia.
Prévisions de la demande de navires en 2027 et 2028
En 2027, la demande de navires devrait croître de 0,5 à 2,5 % si le détroit d’Ormuz reste effectivement fermé, comparativement à une croissance de l’offre de 3 à 4 %. Si le détroit rouvre, la croissance de la demande et de l’offre devrait être supérieure d’un point de pourcentage. Dans ce scénario, la demande augmenterait plus rapidement pour les matières premières autres que le charbon, soutenue par l’amélioration de la conjoncture économique et une demande d’importation plus forte de la part des pays du golfe Persique. Cependant, la flotte actuellement bloquée dans le golfe recommencerait à fonctionner normalement et les vitesses de navigation pourraient rester légèrement supérieures à celles de notre autre scénario, ce qui augmenterait l’offre.
En 2028, la demande de navires devrait croître de 0,5 à 2,5 % dans les deux scénarios, tandis que l’offre devrait augmenter de 3 à 4 %. La croissance du volume de fret devrait rester limitée en raison de la baisse des expéditions de charbon, tandis que le retour des vraquiers au canal de Panama pourrait peser sur la croissance de la distance moyenne parcourue. Du côté de l’offre, la hausse des livraisons de navires devrait soutenir une forte croissance de la flotte, même si le recyclage des navires s’intensifie. Enfin, les vitesses moyennes de navigation devraient diminuer légèrement à mesure que les conditions du marché s’assouplissent.
« Les perturbations du transport maritime en mer Noire constituent un risque à la baisse supplémentaire pour les perspectives du marché. Les prévisions partent du principe que les volumes de céréales russes et ukrainiennes qui ne pourront pas être expédiés en 2026 le seront plutôt en 2027. S’ils restent indisponibles, la croissance du transport de vrac sec pourrait être inférieure de jusqu’à 0,5 point de pourcentage en 2027 et celle des expéditions de céréales inférieures de jusqu’à 4 points de pourcentage », a déclaré M. Gouveia.
(Photo d’une attaque contre un navire en mer Noire près d’Odessa par atlanticcouncil.org)
