Par Julie Gedeon
Ottawa – La Fondation des carrières maritimes canadiennes a accueilli cette semaine plus de 170 personnes impliquées dans le recrutement, la formation et l’accompagnement professionnel au sein de l’industrie maritime à l’occasion de sa troisième conférence annuelle Imagine Marine, qui s’est tenue au Centre Rogers d’Ottawa.
« Notre thème, assurer l’avenir de la main-d’œuvre maritime : compétences, technologie et talents, reflète notre engagement collectif à préparer le secteur maritime à relever les objectifs économiques ambitieux de notre pays », a déclaré Julia Fields, directrice générale de la CMCF, en souhaitant la bienvenue à tous. « Nous devons nous attaquer à ce qui nous met mal à l’aise, prendre des risques et collaborer – même avec nos concurrents – pour investir dans des stratégies et des programmes qui profitent à l’ensemble de notre secteur dans le but de renforcer la main-d’œuvre et le bassin de talents. »
Julia Fields a fait état des récentes réalisations de la CMCF en collaboration avec ses 60 partenaires. La première année du programme Shoring Up Ontario Marine, par exemple, a permis d’intégrer 35 nouveaux venus pleinement formés à la main-d’œuvre maritime – dont 80 % s’identifient comme issus de communautés sous-représentées. De plus, 60 marins déjà en poste ont suivi une formation pour faire progresser leur carrière.
En Colombie-Britannique, la CMCF a collaboré à la stratégie « B.C. Marine Force Strategy » et aide WorkBC à sensibiliser la population aux carrières maritimes et à élaborer des programmes de formation professionnelle.
Emploi et Développement social Canada a mis à jour ses prévisions à la demande de la CMCF afin de présenter l’industrie maritime comme un secteur en forte demande confronté à des pénuries de main-d’œuvre. Mme Fields a souligné la nécessité de faire en sorte que le secteur maritime soit une priorité dans les politiques et les programmes fédéraux.
Une demande croissante pour un même bassin de main-d’œuvre
Noel Baldwin, directeur général du Future Skills Centre, a souligné la demande multisectorielle croissante qui pèse sur un même bassin de main-d’œuvre. Les plans « Build Canada Strong » pour le logement abordable, les infrastructures – notamment plusieurs installations portuaires agrandies – et les nouveaux actifs maritimes et de défense nécessitent des travailleurs possédant en grande partie les mêmes compétences.
M. Baldwin a encouragé la mise en place de mesures incitatives pour attirer des personnes provenant d’autres secteurs touchés par l’IA ou par des changements tarifaires ou commerciaux. « Les compétences recherchées pour une main-d’œuvre hautement productive sont remarquablement cohérentes : les aptitudes humaines à collaborer, à communiquer efficacement et à gérer les relations et les milieux de travail avec empathie. »
Owen Brine, directeur des ventes de Kongsberg Maritime au Canada, a évoqué l’investissement de 76 millions de dollars que son entreprise consacre à la modernisation de tous les simulateurs du campus maritime du BCIT, ainsi qu’à la recherche et au développement visant à améliorer la formation des marins et à leur adaptation aux technologies de réduction des émissions.
Taux de postes vacants de 13 % sur la côte Ouest
Le capitaine Alex Rueben, chef de la direction de l’Association des industries de la défense et maritimes de la Colombie-Britannique, a souligné que la Colombie-Britannique, où résident 49 % des marins du Canada, affiche déjà un taux de postes vacants de 13 % alors que d’énormes projets devraient accroître considérablement le trafic maritime sur la côte Ouest. « Notre défi consiste à faire comprendre aux gens que nous offrons d’excellentes possibilités de carrière », a-t-il déclaré, ajoutant que les efforts collectifs menés avec la CMCF et la Western Marine Community Coalition portent leurs fruits.
Le capitaine Rueben a insisté sur la nécessité de faire en sorte que les travailleurs sous-représentés se sentent bienvenus. « Il reste encore beaucoup à faire au niveau de la culture d’entreprise dans ce secteur, sinon nous n’y parviendrons pas. »
Besoin d’une main-d’œuvre autochtone plus importante dans la région de l’Arctique
John Vanderberg, directeur général de l’Arctic Marine Training Group, a souligné l’importance de mettre en place des centres de formation permanents dans le Nord. « Notre population est modeste – 130 000 personnes – mais l’objectif est de faire en sorte que la main-d’œuvre autochtone ne se contente pas de participer aux projets prévus d’ici 2035, mais qu’elle en prenne la direction. »
Kim Dixon, directrice de l’apprentissage et de la transformation de la main-d’œuvre chez COVE, a déclaré que le lancement de la construction de 15 destroyers de classe « River » au chantier naval d’Halifax nécessite une main-d’œuvre importante. « Nous nous tournons vers les anciens combattants, les nouveaux arrivants, les femmes, les jeunes et les Autochtones », a-t-elle déclaré. « Souvent, 70 à 80 % des compétences professionnelles acquises dans les secteurs de la défense, de l’aérospatiale ou de l’industrie lourde sont transférables, et les gens n’ont besoin que d’une brève formation spécifique pour assumer de nouvelles fonctions. »
Jan Van Der Hoop, président et cofondateur de FitFirst Technologies, a mis en garde contre le fait que la sélection des CV par l’IA risque d’accentuer le décalage entre ce qui semble convaincant sur le papier et les caractéristiques et compétences réelles dont une personne doit disposer pour bien faire son travail. Il a donné l’exemple de l’organisme Support Ontario Youth, créé pour remédier à une pénurie d’apprentis. « Six ans plus tard, on compte plus de 600 apprentis, dont 24 % proviennent de groupes qui ont été sous-évalués ou qui ont fait face à des obstacles dans les métiers spécialisés », a-t-il indiqué. « Lorsque l’on sélectionne en fonction des aptitudes plutôt que des antécédents, on découvre tout un autre univers de personnes. »
Ententes réciproques avec 12 pays
Joanna Manger, directrice générale de la Sécurité et de la sûreté maritimes à Transports Canada, a cité les ententes réciproques que le Canada a signées avec 12 pays pour reconnaître les Normes de formation, de certification et de veille (STCW) des gens de mer comme l’une des mesures les plus immédiates pour remédier aux pénuries de main-d’œuvre. « À ce jour, Transports Canada a délivré 869 mentions d’aptitude pour permettre à des gens de mer qualifiés de travailler à bord de navires canadiens. »
Les efforts visant à élargir la main-d’œuvre nationale comprennent un investissement de 58 millions de dollars depuis 2016 pour offrir une formation maritime à un plus grand nombre d’Autochtones, de résidents du Nord et de femmes. « Je suis heureuse d’annoncer que plus de 1 700 personnes ont terminé le programme », a déclaré Mme Manger. Elle a également souligné la nécessité de préparer la main-d’œuvre maritime aux innovations technologiques tout en conservant une base de compétences maritimes traditionnelles en cas de défaillance des systèmes.
Kylie Johnstone, consultante agréée en immigration canadienne chez PF Collins International Trade Solutions, a présenté les chiffres de l’immigration au Canada, qui prévoient l’arrivée de 230 000 nouveaux travailleurs temporaires en 2026, soit une baisse de 37 % par rapport à l’année précédente. Le nombre de nouveaux étudiants a été réduit de 49 %, pour s’établir à 155 000. Le nombre de nouveaux résidents permanents s’élève à 380 000, soit une baisse de seulement 4 %. Toutefois, les deux prochaines années verront à nouveau une diminution globale du nombre d’arrivées.
Partir à l’étranger pour recruter des candidats
Frédéric Demers, directeur des ressources humaines du Chantier naval Forillon, s’est rendu à l’étranger pour recruter personnellement des candidats en les convainquant, eux et leurs familles, des avantages de la vie en Gaspésie. La petite taille de l’effectif de l’entreprise limite les possibilités d’avancement vertical, mais offre des possibilités d’évolution horizontale. « Par exemple, nos meilleurs peintres n’ont que deux mois de travail par année; ils s’occupent donc d’électricité les dix autres mois », explique-t-il. Il ajoute toutefois que ses efforts passés de recrutement à l’étranger ne sont plus viables en raison des restrictions gouvernementales en matière d’immigration.
Darrell Pinto, directeur de l’emploi chez Jumpstart Refugee Talent, estime que les Canadiens, dans l’ensemble, pourraient faire mieux pour que les immigrants se sentent les bienvenus. « On me dit souvent que les Canadiens semblent très sympathiques au premier abord, mais qu’ensuite, ils ne vous invitent jamais à souper. »
(Photo de Jeffrey Marine Photography)
