Toujours en crise : un nouveau sondage révèle la détérioration de la santé mentale à bord des navires

Par Alizée Dussault

Le bien-être et la santé mentale des gens de mer sont des sujets circulant depuis quelques années déjà dans nos médias, bien que l’industrie maritime demeure  méconnue du grand public. Toutefois, le sujet n’a jamais été aussi brûlant qu’à l’heure actuelle, alors qu’en raison de la pandémie Covid-19, plus de 300 000 membres d’équipage se trouvent piégés à bord de leurs navires. Malgré la parution de multiples articles de presse ainsi que la tenue d’un sommet virtuel sur le sujet, l’inaction des têtes dirigeantes en vue de favoriser les changements d’équipage se fait toujours sentir. Il est maintenant plus important que jamais que la voix des travailleurs maritimes soit entendue.

Un récent sondage effectué par The Mission to Seafarers auprès de marins piégés à bord à travers le monde entier révèle que l’indice de bien-être de ces travailleurs, essentiels au bon fonctionnement de notre société, est en baisse. Déjà plutôt faible lors de la première ronde du sondage en 2020, ce fameux indice de bien-être se situait à 6.30 sur un classement de 10. La récente parution de la deuxième ronde du sondage, effectuée récemment, indique que l’indice a chuté à 6.18. 

La vie à bord des navires n’est pas toujours facile, même hors pandémie. Une grande partie du personnel navigant effectue de longues périodes de plusieurs mois au travail, habitant toujours le même espace et interagissant avec un nombre de personnes très limité. Or, en raison de la Covid-19, les changements d’équipages n’ayant pas été effectués depuis le début de celle-ci, un nombre important de travailleurs se voient refuser un retour à la maison après une période d’éloignement déjà difficile. 

S’ajoutent à cela de nombreux facteurs limitants causés par la problématique de la Covid-19. Sans le moindre accès à terre en raison des restrictions préventives, les membres d’équipage n’ont pas moyen de changer d’air ne serait-ce que quelques minutes. De plus, certains individus ayant des besoins médicaux tels qu’un problème dentaire ne peuvent avoir accès à une consultation depuis plusieurs mois. Emprisonnés dans le même espace exigu, les marins n’ont pas la vie facile à bord. Les mesures sanitaires exigeantes semblent créer davantage d’inquiétude que de rassurance, paradoxalement, comme si la désinfection récurrente des surfaces ne faisait que rappeler aux membres d’équipage la réalité de la situation. Ceci étant déjà vrai en temps normal, le moral de chaque travailleur se trouve facilement affecté par celui des autres, et il n’est pas long que celui de l’équipage au complet sombre dans une morosité générale par effet d’entrainement. En plus de n’être agréable pour personne, ce genre de climat social peut mener à certaines tensions menaçant le bon fonctionnement à bord, et même de fâcheux accidents.

La distanciation à bord empêche également les travailleurs de se soutenir mutuellement, puisque la séparation et l’éloignement sont de mise dans les espaces communs. Parfois privés de communication avec leurs proches, faute de réseau cellulaire, les marins sont bel et bien laissés à eux-mêmes dans un climat lourd d’incertitudes. La fatigue morale causée par la situation actuelle chez le personnel navigant inquiète; des actions doivent être prises immédiatement afin de rapatrier les travailleurs avant que des accidents graves ne se produisent. La réalité trop méconnue des gens de mer se fait ressentir plus que jamais alors qu’une crise est en cours et qu’aucune action concrète vers un changement d’équipage n’a encore été prise. Il s’agit pourtant d’une main d’œuvre essentielle opérant au cœur de nos industries, ainsi qu’un nombre énorme d’individus concernés. D’autant plus en temps de pandémie, n’oublions pas ceux qui rendent possible l’acheminement de nos ressources et de nos biens essentiels. L’inaction doit cesser maintenant. 

Steven Jones, fondateur du Seafarers Happiness Index, a déclaré lors de la publication du nouveau sondage: «Nous sommes au milieu d’une crise sociale. Alors que le premier trimestre nous a montré comment les gens de mer ont souffert lorsque le COVID-19 a frappé leur domicile et a fourni un aperçu du soutien nécessaire, le rapport du deuxième trimestre souligne le coût de l’inaction et la nécessité de solutions immédiates. Il est primordial de voir des progrès, avec des changements d’équipage, des EPI à bord et une meilleure communication entre la terre et la mer, pour désamorcer cette bombe à retardement. La protection de nos gens de mer passe avant tout et l’industrie doit maintenant se regrouper avant qu’il ne soit trop tard. »

Pour accéder au sondage, aux informations additionnelles et aux témoignages, cliquez ICI.

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