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En souvenir du capitaine Éloi Perron

Hubert Desgagnés

Maritime Magazine

2018-03-09

 

McKeil Marine's Evans Spirit  won the International Bulk Journal's 2016 Ship of the Year Award during the IBJ's Salute to Excellence in the Maritime Bulk Industry gala awards ceremony in London, UK on November 21.
"It's a fantastic way to closeout our 60th anniversary year: having a vessel named after our founder, Evans McKeil, win this prestigious international award," said Steve Fletcher, President and CEO of McKeil Marine.
Acquired by McKeil in 2015, the Evans Spirit is a cargo ship with the shallow draught characters of a tug and barge; however, compared to a tug-and-barge unit, she can transport approximately 40 per cent more cargo about 50 per cent faster on a very similar amount of fuel.  She is in service throughout the Great Lakes and St. Lawrence River.
Evans Spirit was shortlisted for 2016 Ship of the Year competing with three other vessels: CS Bright, Mitsui OSK Lines, Japan;  Damen Shipyards, Netherlands; and MN Baroque, Swiss Marine, Switzerland. The award is presented to the owner, operator or builder of an outstanding individual bulk ship. Judged on operational efficiency, design innovation, safety and environmental protection, the Evans Spirit was selected as winner. (Photo Paul Beesley).

Ce capitaine du fleuve était un grand gaillard un rien timide. N'ayant pas eu la chance de recevoir toute l'éducation requise, il écrivait peu et savait compter juste ce qu'il fallait pour calculer la valeur de la cargaison qu'il transportait.  Mais Éloi Perron cachait cette timidité derrière ses talents de conteur.  Orphelin de père, il a d'abord aidé sa mère à ramasser ce que la terre de l'Isle-aux-Coudres voulait bien donner. Puis, tout comme ses frères,  il est devenu marin un peu par obligation, parce qu'une ile, c'est une île.  A 13 ans, il s'est embarqué comme cuisinier sur la petite goélette de son beau-père Théodore Desgagnés, et avec ses frères, ils allaient porter à Québec les patates durement ramassées pour revenir avec les commandes de tout un chacun, les bras fatigués par les 3600 coups de pompe à l'heure afin d'évacuer le fleuve qui tentait obstinément d'envahir la cale.

Puis, Éloi est devenu un peu plus marin  en s'associant avec  ses frères. Ensemble, ils ont gagné  leur pari de faire construire une première goélette qu'ils ont baptisé  T.B.E. en l'honneur de leur beau-père Théodore, l'aîné Benoit et le second garçon, Éloi.  Au fil des ans, Éloi a obtenu son brevet de capitaine et la petite compagnie Desgagnés & Perron a acheté le MONT ST-LOUIS. Travaillant sans relâche sur le bateau durant la saison de navigation, et dans son atelier durant l'hiver qui figeait tout, Eloi a compris les éléments essentiels pour faire fructifier les sommes requises afin de se faire bâtir un beau bateau.  Ce bateau, qui deviendrait le M.P.ÉMÉLIE, est arrivé sur le tard, la dernière goélette construite sur l'Ile, une des dernières dans Charlevoix.  Déjà, on ne trouvait plus les arbres requis pour sa construction.  Il la souhaitait avec un fond rond, elle n'aurait qu'un fond plat.  Tant pis!

 

Éloi a lancé le M.P.ÉMÉLIE en 1957.  Un beau bateau blanc, pourvu de deux mats de charge.  Ceux qui connaissaient Éloi seulement pour ses histoires, ont commencé à reconnaitre ses talents d'armateur. Ce n'était pas la CSL ni la Clarke, mais bon an, mal an, malgré les grèves et les accidents, Éloi Perron avançait là où il voulait aller.  Pierre Perreault, ce poète du fleuve qui s'était marié avec Charlevoix, est devenu à nouveau amoureux  cette fois de l'Isle-aux-Coudres. C'est ainsi qu'au travers de son film Les Voitures d'eau, les québécois ont rencontré parmi ces marins insulaires, ce grand bonhomme, marin et conteurs d'histoires et constructeur d'un canot de 22 pieds « juste »!

Après le JEAN-EUDES, c'est un bateau d'acier prénommé GILANI qui est venu prendre la relève du M.P.ÉMÉLIE vendu à des artistes du côté de Baie-Saint-Paul. Puis, anticipant  la mort du cabotage, il a choisi de devenir hôtelier.  Mais comme Éloi était toujours un grand conteur d'histoires, il a retrouvé sa petite goélette Mont St-Louis et l'a transportée en face de son hôtel LES VOITURES D'EAU  pour en faire un musée. Éloi Perron n'était pas un muséologue, mais son musée s'est mis à raconter à sa place ses histoires.  Des histoires imagées comme ce mouton dont la laine s'étant prise dans une poulie et qui s'était retrouvé en tête de mât lorsqu'on avait abaissé la grand-voile.  « ..et le juif qui avait demandé 200 moutons cherchait son dernier mouton et voilà que le mouton, commence à bêler son incompréhension  du haut du mat!... »

Éloi Perron, devenu navigaterre et hôtelier et conservateur de musée, s'est fait écrivain.  Lui qui écrivait à peine,  a décidé de raconter son histoire. Mais le marin est toujours demeuré en lui, et parfois, il allait tenir une petite jasette à son M.P.ÉMÉLIE échoué à Baie Saint-Paul. Il était, je crois, le dernier de sa génération des propriétaires de « pinnes ».  En février 2018, Éloi Perron devenu veuf, n'a pas attendu la grande mer du printemps pour appareiller pour la dernière fois...
et ce qui restait du M.P.ÉMÉLIE n'a pas attendu la marée blanche pour suivre son capitaine... Les vestiges de la goélette ont été emportés au large le jour même du service funéraire de son ancien  capitaine, décédé à 95 ans.

Une autre bonne histoire à raconter pour Eloi Perron... C'est Joachin, Fernand, Nérée, Laurent, Léopold et les autres qui doivent être content  de le voir arriver...
Bon voyage capitaine... Photos courtoisie de la famille Perron



Le M.P. Émélie lors de sa mise à l'eau en 1957

 
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